dimanche 20 août 2017

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dimanche 13 août 2017

Jn 9

Lecture biblique : Jean 9 
Thématique : quand la religion nous empêche d’avoir la foi / le péché, comme aveuglement
Prédication de Pascal LEFEBVRE / Tonneins, le 13/08/17

* En passant, Jésus croise les pas d’un aveugle de naissance. Une question des disciples surgit : celle du péché. 
« Qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? »

Cette question, qui peut aujourd’hui nous sembler saugrenue, voire choquante, répond à une conviction - une croyance - répandue à l’époque de Jésus : 
Rien n’arrive par hasard. Rien ne se fait sans la volonté de Dieu. Dieu est juste. Si un homme se trouve porteur d’une maladie ou d’un handicap, c’est que Dieu l’a voulu ou plutôt que cet homme l’a mérité. 
On considérait donc le handicap comme une sorte de punition divine ou de conséquence de la justice rétributive :
Dieu étant juste. Il ne peut punir un innocent. Si quelqu’un porte un handicap, c’est que lui ou ses parents ont fait quelque chose de travers et sont responsables d’une faute. 

Ainsi donc, on liait la maladie ou le handicap au péché. 
L’aveugle-né était considéré comme un pécheur-né. 
C’est ce qu’on comprend un peu plus loin dans le dialogue entre cet homme et les Pharisiens qui lui disent : « Tu n’es que péché depuis ta naissance et tu viens nous faire la leçon ! » 

Dès lors, on comprend mieux la question des disciples posée à leur maître : d’où vient le mal ? Comment se fait-il que cet homme soit né avec un handicap ? Qui a péché dans cette histoire : est-ce lui ou ses parents ?

Jésus répond clairement : ni lui, ni ses parents. Ce qui signifie : Son handicap n’a rien à voir avec le péché. 

D’ailleurs, Jésus confirmera cette affirmation à la fin du dialogue avec les Pharisiens en leur disant : « si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ». 
Ce qui indique clairement qu’il prend le contre-pied de cette manière de voir les choses. Pour lui, la malformation ou le handicap dont souffre cet homme depuis sa naissance n’a rien à voir avec le péché, avec une quelconque faute. Il est clair là-dessus. Le péché, c’est tout autre chose, comme nous le verrons plus loin dans ce récit. 

Et Jésus poursuit sa réponse aux disciples : en disant, il n’y a pas d’explication religieuse, pas de raison valable à vue humaine… Il écarte les théories courantes à ce sujet… 
Mais, du coup - ajoute-t-il - le handicap de cet homme va maintenant permettre de manifester les oeuvres de Dieu, c’est-à-dire l’action salvatrice de Dieu… qui va guérir cet homme. 

Autrement dit, pour le Christ, Dieu n’est pas à l’origine de la maladie ou du handicap de cet homme, mais de ce qui va maintenant lui arriver de bon, à savoir sa guérison. 
Dieu n’est pas du côté du passé (difficile), mais de l’avenir (meilleur). Il n’est pas la cause (de nos malheurs), mais la perspective (de notre salut). 

Jésus opère alors un signe et agit en vue de rendre à cet homme sa pleine intégrité physique. 

On a du mal à percevoir comment la thérapie proposée par Jésus peut le guérir : Jésus fait une sorte de cataplasme ou de baume avec sa salive qu’il applique sur les yeux de l’aveugle. (De façon symbolique, cela nous renvoie peut-être à une sorte de nouvelle création ou de re-création, à l’image de la création d’Adam, avec la glaise, dans le livre de la Genèse.) 
Puis il l’envoie se laver à la piscine de Siloé, qui veut dire symboliquement « envoyé ». 
Plus tard, l’individu voit enfin. Il découvre la vue, à son retour.

* Nous n’avons pas d’explication rationnelle sur la méthode thérapeutique employée par Jésus. D’une certaine manière, cela dépasse toujours la médecine d’aujourd’hui. Mais ce qui est intéressant et là où l’évangéliste Jean veut en fait nous amener c’est sur un autre terrain : 
c’est le fait que ce signe va, en réalité, permettre à cet homme d’accéder à une autre vue, une autre lumière : cet homme va finalement découvrir que Jésus est la véritable lumière, la lumière du monde. 

Il va affirmer sa foi, sa confiance, à la fin du dialogue avec Jésus : Je crois en toi, Seigneur, va-t-il dire : je crois que tu es le Fils de l’homme, celui qui a été envoyé par Dieu. 

Ce n’est donc pas seulement une vue physique, physiologique, que Jésus va donner à cet homme, c’est en réalité, une vue spirituelle, une nouvelle vision de l’action de Dieu. 

L’enjeu de ce passage biblique n’est donc pas la question thérapeutique de la guérison de l’aveugle-né. Mais, la question principale est en réalité : celle de la foi.
Qui est Jésus ? Qu’est-ce que le péché ? Comment Dieu agit-il dans le monde ?

Les réponses sont clairement établies :
Pour l’aveugle-né - et pour l’évangéliste Jean - Jésus est le Christ, il vient de Dieu, il agit au nom de Dieu : cela l’homme l’affirme aux Pharisiens à sa manière. Je cite : « Si cet homme n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire » dit-il clairement. 

Mais, en face de lui, c’est l’incrédulité des Pharisiens qui se devine : Ils disent être « disciples de Moïse » et ne pas savoir d’où vient Jésus. D’ailleurs, ils affirment plutôt que cet homme - ce Jésus - ne respecte pas la loi et le sabbat…. Que c’est un pécheur… puisqu’il a enfreint la loi en opérant un travail, une guérison le jour du sabbat. 

Les pharisiens refusent donc de voir en Jésus un homme de Dieu, malgré les signes, malgré cette guérison. C’est l’aveuglement qui est de mise.

La fin du dialogue nous ouvre à une nouvelle définition du péché.
Je cite à nouveau les deux derniers versets de ce récit :  
« Les Pharisiens qui étaient avec lui … lui dirent : « Est-ce que par hasard, nous serions aveugles, nous aussi ? » Jésus leur répondit  : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais, à présent, vous dites ‘nous voyons’ : votre péché demeure ». »

L’ironie est mordante dans ce passage. Elle met en perspective un retournement de situation : 
Ceux qui voient sont déclarés aveugles et pécheurs. 
Et l’homme aveugle-né voit désormais, et il est déclaré sans péché. 

Jésus vient - comme il le dit lui-même - « remettre en question » les présupposés et les certitudes de ses contemporains. (Cf. v.39 : le terme « remise en question » semble ici plus adéquat que le mot « jugement ».)

Ainsi, d’une part, il affirme que le handicap n’est pas dû à un péché, n’est pas la conséquence d’une sorte de faute.
Mais, plus encore, d’autre part, il retourne la situation et déclare que ceux qui prétendent voir sont les véritables « aveugles » et c’est cela le vrai péché. 
Le péché, c’est l’aveuglement !

Ces religieux - ces connaisseurs de la loi de Moïse - ont sous les yeux des signes qui leur révèlent que Jésus est un homme de Dieu et ils refusent de le reconnaitre, tout cela parce que cet homme ne répond pas pleinement à leurs critères religieux, parce que cet homme a, par exemple, rompu le sabbat, en faisant une guérison un jour « interdit » car considéré comme « sacré ».

Leur religiosité est devenu, en quelque sorte, un obstacle à la foi… à la confiance en Dieu, manifestée en Jésus. 

* Ce récit - avec son ironie - peut être lu comme une critique incisive de la religion. 
Il montre que nos croyances religieuses peuvent parfois devenir un obstacle à la véritable foi, à la confiance en Dieu… en tout cas, à la confiance, en celui qui a été envoyé par Dieu : ici, Jésus. 

C’est un récit polémique, d’une part, à l’égard de la compréhension du péché - qui est redéfini comme l’incrédulité et non comme la conséquence d’une faute morale - et, d’autre part, vis-à-vis de la religion - qui peut devenir un obstacle pour la foi… puisque sous prétexte de croyances, les Pharisiens refusent de croire en Jésus, comme étant un homme de Dieu, un « envoyé » de Dieu. 

Ainsi, l’agnosie visuelle de l’aveugle-né renvoie à un aveuglement beaucoup plus grave : à la cécité spirituelle de l’humanité ignorante du vrai Dieu et de son action salvatrice dans le monde. 

Deux mille ans plus tard, ce récit a toujours une certaine actualité pour nous : est-ce que notre religion n’est pas - pour nous aussi, parfois - un obstacle à la foi, à la confiance en Dieu ?

Je veux dire : est-ce que … parce qu’on imagine ou l’on se représente Dieu ou le Christ de telle ou telle façon…. est-ce que, du coup, nous ne nous empêchons pas de voir la présence de Dieu - la main de Dieu - dans tel ou tel évènement… derrière telle ou telle personne, telle ou telle coïncidence ? 

Voyez-vous, ce qu’on constate, à travers l’attitude des Pharisiens, c’est qu’ils ont construit leur Dieu et leurs croyances de telle ou telle manière, à partir de la loi de Moïse. Et du coup, comme Jésus ne répond pas pleinement à leurs critères religieux, ils refusent de voir en lui un homme de Dieu…. malgré des signes évidents… 
Mais ne sommes-nous pas un peu comme eux, nous aussi ? 

Certes, pour nous, Dieu s’est pleinement révélé en Jésus Christ. Il est la révélation centrale de Dieu. 
Nous croyons en Jésus, comme le révélateur de l’amour de Dieu, comme « l’homme venu de Dieu » (pour reprendre le titre d’un ouvrage de théologie de Joseph Moingt). 
Mais, croyons-nous sincèrement que Dieu ait cessé de se révéler depuis 2000 ans ?… croyons-nous que Dieu se soit manifesté une fois pour toute en Jésus… et depuis, plus rien ? 

C’est ce que croyaient les Pharisiens avec Moïse… et cela les a empêché de croire en Jésus… de s’ouvrir à la nouveauté : 
Ne vivons-nous pas, inconsciemment, la même forme d’incrédulité (même en tant que Chrétiens… et Protestants) ?

Pour ma part, je crois en Jésus comme mon Maître et Seigneur… mais, je crois aussi qu’on ne peut pas enfermer Dieu dans des doctrines, ni dans des lois, dans des textes considérés comme « sacrés », ni dans un canon biblique (clôturé définitivement). 
Je crois que Dieu continue d’agir imperceptiblement dans notre monde d’aujourd’hui, à travers une multitude d’hommes et de femmes, qui sont, d’une certaine manière, à leur échelle (leur niveau), des hommes et des femmes de Dieu : par qui Dieu agit et montre son amour, sa compassion, sa bienveillance, sa sollicitude aux humains. 
Et peut-être même, sommes-nous, nous-mêmes, parfois, dans telle ou telle situation, à notre niveau, des hommes ou des femmes de Dieu, lorsque nous agissons avec altruisme, bonté, bienveillance vis-à-vis de telle ou telle personne ?

Dans les Béatitudes, nous avons cette magnifique affirmation : « Heureux ceux qui font oeuvre de paix, ils seront appelés « fils de Dieu ». » (Mt 5,9)

Oui… nous sommes, nous aussi, des enfants de Dieu… des hommes et des femmes de Dieu… ses envoyés, ses prophètes, quand nous sommes artisans de paix, de réconciliation, de pardon, de liberté, de joie. 

« Être de Dieu » cela veut dire « accomplir la volonté de Dieu ». C’est bien ce qu’a fait Jésus, en faisant le bien, en soulageant les souffrances, en sauvant, en guérissant, en aimant jusqu’à donner sa vie pour autrui, pour l’Evangile de l’amour du prochain… 

C’est aussi ce que nous pouvons faire : nous pouvons aussi être des hommes et des femmes de Dieu, en accomplissant sa volonté d’amour pour notre monde et nos frères.

Osons donc sortir de la religion, de tous les critères religieux, qui ne sont que des schémas mentaux, des représentations culturelles et des constructions traditionnelles, pour nous ouvrir à la vraie foi, à la confiance en Dieu, en sa Providence, en son action toujours nouvelle en nous et dans le monde. 

Dieu peut agir en nous : il le fait à chaque fois que nous sommes ouverts à son amour… que nous incarnons son amour concrètement dans notre existence. 

J’en veux pour preuve ce que dit Jésus lui-même dans les évangiles :
Dans l’évangile selon Jean, il affirme : « Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite, ne marchera pas dans les ténèbres » (Jn 8,12).
Dans l’évangile selon Matthieu, il précise à ses disciples : « vous êtes la lumière du monde. […] Que votre lumière brille pour tous les hommes, pour qu’en voyant vos bonnes/belles actions ils rendent gloire à votre Père céleste » (Mt 5, 14.16). 

Mais, parfois, sans le vouloir, nous sommes plutôt comme les Pharisiens : nous doutons. Nous ne voyons plus rien de positif autour de nous. Nous ne discernons plus l’action salvatrice de Dieu. 
Nous sommes si sûrs de nous - de nos croyances, de nos convictions - que nous ne prenons même plus la peine de regarder autour de nous et d’interroger les situations… nous ne prenons même plus la peine de regarder ce qui se passe, de nous ouvrir au positif… C’est alors que nous sommes, d’une certaine manière, « aveugles ». 

Il faut alors nous mettre à l’écoute de l’Evangile, pour comprendre, à nouveau, que Dieu ne cesse d’agir avec bonté dans notre monde, par ces témoins : des hommes et des femmes, comme vous et moi. 

* C’est aussi - voyez-vous - ce que nous révèle - à sa manière - le grand « mythe » de la parabole du jugement dernier dans l’Evangile selon Matthieu… dont je cite maintenant un passage, pour conclure notre méditation : 

« Venez les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité … Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ? Quand nous est-il arrivé de te voir malade…, et de venir à toi ?” Et le roi leur répondra : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (cf. ext. Mt 25, 34-40)

… à chaque fois que vous agissez pour le bien en faveur de vos frères et soeurs … vous êtes des hommes et des femmes de Dieu… vous êtes ses envoyés… vous incarnez son amour et sa bienveillance… et c’est comme si vous faisiez du bien au Christ ou à Dieu lui-même ! 
Quelle merveilleuse nouvelle ! 

C’est sur ce terrain de la fraternité que sans cesse l’Evangile nous appelle, en nous rappelant que Dieu peut agir par nous, en nous… que nous réellement ses enfants !   


Amen. 

dimanche 16 juillet 2017

Le chemin étroit de la confiance qui transforme

Lectures bibliques : Mt 6, 21-34 ; Mt 7, 13-14  [Lc 12, 16-21]
Thématique : la foi, entrer dans un chemin de confiance qui nous transforme et nous ouvre à notre véritable vocation.
Prédication de Pascal LEFEBVRE / Tonneins, le 16/07/17 (dernière partie inspirée d’Anselm Grün)

Nous accueillons aujourd’hui un petit baptisé en la personne de Maxime. En demandant le baptême pour leur enfant, les parents de Maxime ont souhaité placer son existence sous le regard de Dieu. Ils ont voulu, par un signe à la fois concret et symbolique, que soit attesté devant l’Eglise et le monde que Maxime est « enfant de Dieu ». 
C’est un nouveau chemin - un chemin de confiance avec le Seigneur - qui s’ouvre désormais pour Maxime. Nous souhaitons qu’il le découvre lui-même un jour et qu’il puisse y répondre, lui aussi, avec foi. 

Le baptême… l’entrée dans la vie chrétienne… est un nouveau chemin qui s’ouvre… 
Mais de quel chemin parle-t-on exactement ?

Les passages de l’évangile que nous avons entendu en ce jour peuvent nous fournir quelques éléments de réponse. 

A priori, cela peut d’abord nous effrayer ou nous sembler difficile, car Jésus parle d’un chemin resserré, d’une porte étroite… pour accéder à la vie… et, au contraire, d’un chemin spacieux, qui mène à la perdition. 

Aïe, Aïe, Aïe !… dans quelle galère tes parents t’ont-ils mis ce matin, mon cher Maxime… te voilà confronté à deux chemins… 
Voilà qu’un jour… voilà que chaque jour même… tu seras conduit à choisir entre le chemin resserré plein de promesses de vie, mais que peu de personnes découvrent … et le chemin large que beaucoup empruntent, mais qui ne mène nulle part. 

Comment comprendre ces paroles ? Qu’est-ce qu’elles peuvent bien signifier pour nous aujourd’hui ? 

Je vous propose 3 pistes de réflexion :

* La première, c’est d’abord de comprendre que le chemin que Jésus propose est un chemin avec Dieu, un chemin dans la confiance.

Il est difficile pour nous de faire confiance à une « Force », une « Réalité » qu’on appelle « Dieu ». Nous vivons dans un monde que nous appréhendons par nos cinq sens. Comment croire, comment faire confiance, à quelque chose ou plutôt quelqu’un, que nous ne voyons pas ?… que nous ne pouvons pas toucher, saisir… et appréhender ni par nos sens ni avec l’aide de notre raison ?

C’est déjà difficile de faire confiance à nos proches : nos collègues, nos voisins, nos amis, notre conjoint, nos enfants… mais commencer à faire confiance à Dieu qu’on ne voit pas : ce n’est pas si simple. 

En plus, nous vivons dans une société très matérialiste… alors faire confiance à Dieu : ça peut sembler un peu fou… et carrément « décalé ». 

Pourtant, voyez-vous, nous devrions réfléchir à des choses toutes simples de notre quotidien : 
Imaginez un instant que vous puissiez parler à l’un de vos aïeux ou ancêtre du 18ème siècle … et que vous lui racontiez qu’un jour - aujourd’hui, à votre époque - on peut entendre parler (à la radio) ou voir (à la télévision) dans une petite boite ou sur un écran « HD » une personne qui parle à des centaines ou des milliers de kilomètres de chez vous… il vous prendrait peut-être pour un fou.

Imaginez que vous racontiez à votre arrière-arrière grand père, que vous pouvez faire une photo (avec un appareil numérique) et l’envoyer à quelqu’un par les airs… par le wifi et par Internet ou par satellite… grâce aux ondes… il vous prendrait peut-être pour un illuminé. 

Imaginez que vous lui racontiez qu’il existe des appareils médicaux, comme l’IRM, qui grâce à la résonance magnétique, sont capables de voir à l’intérieur du corps humain… nul doute qu’il aurait du mal à vous croire. 

Alors, finalement, si le monde autour de nous est fait d’énergies et d’ondes invisibles : pourquoi ne pourrait-on pas croire en une « Force », un « Souffle », qu’on appelle Dieu. Cela n’a rien d’impossible… à bien y réfléchir. 

Mais, me direz-vous, il y a encore une différence entre dire que Dieu est ou existe (pourquoi pas, après tout !) et dire qu’on peut lui faire confiance. 

Après tout… on ne le connait pas ce Dieu… on ne sait pas trop ce qu’il veut et quelles sont ses intentions… alors… de là à lui faire confiance, il y a encore un pas à franchir. 

Surtout, si on écoute les discours religieux qui, par le passé, ont pu parler d’un Dieu capable de juger les humains… de punir les méchants et de récompenser les bons… : tout cela à de quoi nous interroger… ou nous effrayer. 

Mais, là encore, il faut lire et relire l’Evangile : Jésus, lui, nous parle d’un Dieu bienveillant et gratuit… Un Dieu qui ne compte pas les points et qui agit seulement par grâce, puisqu’il fait lever son soleil sur tous, bons ou méchants, et pleuvoir sa pluie sur tous, justes ou injustes (cf. Mt 5,45). 
Il nous parle d’un Dieu qui agit par pure grâce, sans compter, indépendamment de nos mérites, de nos réussites ou de nos échecs. 

Pour Jésus, la seule raison pour laquelle, on peut se fier à Dieu - au Dieu vivant, au Dieu de la vie - c’est sa bonté. « Dieu est bon et miséricordieux ». « Dieu est amour » dira Jean (cf. 1 Jn 4). Il est comme une Force paternelle ou maternelle qui nous aime. Il est comme notre Père céleste. Il veut notre bien. C’est pour cela qu’on peut lui faire confiance. 

Jésus précise même que Dieu pourvoit à nos véritables besoins (cf. Mt 6, 32)… qu’il nous connait et sait quels sont nos vrais besoins et qu’il y répond à sa manière. 

Donc : première caractéristique du chemin proposé par Jésus : oser faire confiance à Dieu… entrer dans le chemin de la foi. 

* Deuxième piste de réflexion : cette confiance - ce chemin étroit de la confiance - peut nous transformer… faire changer nos comportements et nos attitudes vis-à-vis des autres. 

Dans l’Evangile, Jésus nous rappelle que la plupart du temps, nous nous faisons beaucoup de soucis pour les choses matérielles de la vie : notre maison, notre voiture, nos possessions, notre compte en banque, notre apparence, etc. 

Par peur de manquer, ou peur du lendemain, nous accumulons, nous thésaurisons, nous construisons des greniers ou faisons des réserves dans des banques. 

Cela fait des siècles que l’être humain répète ce même comportement : mais, pourquoi fait-il cela, exactement ?

Nous le faisons, d’une part, parce que nous voulons prévoir les coup durs : « on ne sait jamais de quoi demain sera fait ! » 
D’autre part, parce que nous croyons que plus d’avoir et de pouvoir nous rendront plus heureux. Nous écoutons, en fait, inconsciemment, le discours de la société qui nous dit que l’argent fait le bonheur ou y contribue grandement. 

Du coup, cette attitude, qui nous pousse à tout garder pour se protéger ou pour vivre heureux, nous incite, malgré nous - inconsciemment - à fermer les mains. Et nous ne parvenons plus à partager. 

C’est un constat facile à faire : en 2017, une minorité sur notre terre (une poignée de plus riches : 8 personnes, exactement) possède autant que la moitié la plus pauvre du monde (3,5 millards d’individus). Ou pour reprendre des chiffres de 2015, le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches du monde a dépassé celui des 99 % restants. 
Et, nous-mêmes, en France, même si nous ne sommes pas spécialement fortunés, sommes dans les 20 % des habitants les plus riches du monde. 

En d’autres termes, le chemin spacieux vers lequel tout le monde se perd : c’est le chemin habituel du « chacun pour soi », c’est le chemin du « moi d’abord », c’est le chemin de l’argent trompeur - de Mammon (comme l’appelle Jésus) - de la fausse confiance - qui nous fait croire qu’avec plus d’avoir et de pouvoir nous serons à l’abri du malheur et en sécurité. 

Bien sûr, c’est un leurre. Nous savons bien que la possession d’argent n’empêche pas, par exemple, de pouvoir tomber malade. Rien dans ce monde - aucun bien - ne peut nous protéger de la finitude et de la fragilité de vie. La mort est inévitable et nous incite à réfléchir à ce qui est vraiment important dans cette vie. 

Autrement dit, le bien le plus précieux que nous avons : c’est la vie elle-même, c’est le temps qui nous est donné… (alors à quoi allons-nous l’utiliser ? ) … et non l’argent ou nos quêtes matérielles !

C’est ce dont Jésus nous invite à prendre conscience : 

Cessez de vous soucier et de vous inquiéter pour savoir ce que vous mangerez… de quoi vous vous vêtirez… ce n’est pas ça la vraie vie - dit-il, à sa manière. Ce n’est pas que ce soit secondaire… que ce ne soit pas important. Pas du tout. Mais, d’une part, Dieu pourvoit à ces besoins. Alors, évitons de ne penser qu’à cela. Et, d’autre part, nous avons autre chose à faire de cette vie, du temps qui nous est offert. Nous sommes là pour autre chose, pour une autre vocation sur terre.

Quelle est-elle ?

« Cherchez d’abord le règne de Dieu et sa justice » et tout le reste vous sera donné en plus (cf. Mt 6, 33).

Difficile de définir en deux mots ce que signifie cette expression : En tout cas, ce qu’on peut dire, c’est que le règne de Dieu, c’est le règne de la gratuité. Dieu est le Dieu de la vie. Il donne la vie sans compter, avec abondance… il donne son amour sans calculer… il pardonne et fait miséricorde sans rien exiger en retour …. à part, peut-être, nous inviter à faire de même (cf. Mt 18 ; Lc 10).

Entrer dans le règne de Dieu, c’est entrer en gratuité… 
Et chercher la justice de Dieu, c’est agir à la manière de Dieu, qui aime et qui pardonne : c’est faire de même avec les autres, avec nos frères et nos soeurs, nos parents et nos enfants, nos collègues et nos voisins. C’est vivre des relations humaines justes : fondées sur la vérité et le pardon mutuel.

Pour le dire autrement… la confiance en Dieu devrait nous inciter à modifier nos comportements. Si vraiment nous avons confiance en Dieu, pourquoi nous inquiéter de ceci ou de cela… pourquoi faire des réserves, comme si nous devions parer, seuls - seulement par nous-mêmes (par nos seuls moyens) - à toute éventualité. 

Croire en la Providence de Dieu nous libère de la peur et de la crainte du lendemain… et, du coup, nous pouvons ouvrir les mains… aller vers les autres, ici et maintenant … et commencer à partager… car, de tout façon, nous n’emmènerons pas nos possessions au paradis. 

Notre vocation humaine est relationnelle… pas individualiste !  Jésus croit en un salut pour tous, pas au « chacun pour soi » !

* Troisième et dernière piste - pour aujourd’hui - le chemin de la confiance (de la foi) est un chemin étroit et resserré, qui permet l’accès au vrai Soi… qui permet de se trouver soi-même, dans notre vocation propre d’« enfant de Dieu ».

Nous sommes appelés à trouver notre véritable vocation dans cette vie qui nous est donnée. 
Pourquoi sommes-nous ici ? Qu’avons-nous à vivre ? Quels sont nos qualités, nos charismes, nos dons ? Comment les mettre à profit et les faire fructifier pour le service de tous ?

C’est ce que Maxime devra lui aussi découvrir, avec l’aide de ses proches. 

Au fil de nos expériences humaines, joyeuses ou éprouvantes, nous expérimentons la vie - nous sommes là pour ça - et nous découvrons peu à peu qui nous sommes. 
« Tout est possible, tout est permis, mais tout n’est pas profitable » dira Paul. (1 Co)

Franchir la porte étroite, choisir le chemin resserré, cela signifie trouver la voie qui nous convient à nous, personnellement, pour découvrir/ vivre notre vocation et actualiser/ réaliser nos potentialités… grâce à notre imagination. 

Franchir la porte étroite veut dire que nous devons trouver la porte toute personnelle par laquelle passer pour laisser une trace spécifique en ce monde. Ce n’est pas en empruntant la voie des autres que nous le vivrons et ferons, mais en innovant, en faisant preuve de créativité, et de discernement (c’est-à-dire à la fois d’audace et de prudence), en découvrant notre voie personnelle.

Le chemin large est celui que tous empruntent… c’est le chemin du conformisme et des habitudes… c’est la voie du mimétisme et de la répétition…. tandis que le chemin resserré est celui que Dieu a spécialement prévu pour nous, le chemin sur lequel nous réaliserons l’image unique qu’il a placé en nous… l’image merveilleuse qu’il se fait de nous. 

La différence entre les deux chemins, c’est la conscience… la prise de conscience que c’est nous qui choisissons et décidons notre chemin (avec l’Evangile, bien sûr). 

Le chemin étroit, c’est celui qu’on choisit consciemment. Alors qu’il y a tant de choses que l’on fait par habitude ou par imitation, inconsciemment. 

Vivre chaque évènement, chaque choix, chaque relation humaine en toute conscience peut sembler fatigant, à première vue. Mais, en vérité, ce choix nous mène au large et nous permet d’accéder à l’harmonie intérieure. 

Nous n’atteindrons notre pleine envergure humaine que si nous trouvons notre chemin tout personnel et nous nous y engageons résolument. 

Bien sûr, cela implique que nous nous interrogions et réfléchissions consciemment : qui sommes-nous vraiment ? Quelle est notre mission ? Quelle trace entendons-nous laisser de notre passage en ce monde ? 

Il ne s’agit pas de s’aligner sur les autres ou de se comparer à eux, mais de trouver la porte qui nous est réservée et qui mène à la vie. 

Cette porte est étroite, non parce qu’elle exige trop de nous. Mais parce qu’elle nous invite à sentir consciemment en nous-même ce qui correspond à notre Être véritable (en relation avec Dieu) et à discerner quel chemin Dieu aimerait nous voir emprunter. 

Nous sommes ainsi appelés à vivre et à réaliser l’image unique que Dieu s’est faite de nous. Nous ne pouvons la découvrir qu’en faisant confiance à Dieu et en méditant en toute conscience. 

Quand nous la vivons, nous devenons alors « bénédiction » pour les autres, car nous sommes à la juste place. 

Le prêtre anglican John A. Stanford, un disciple de C.G. Jung, écrit ce qui suit à propos des divers chemins : « le chemin large est le chemin de vie que nous empruntons inconsciemment, celui de la moindre résistance et de l’identification avec la grande masse. Le chemin resserré exige une prise de conscience, une attention de tous les instants pour ne pas dévier du sentier. »

Cela signifie que si nous voulons vraiment savoir qui nous sommes et quel est le mystère de notre âme, il nous faut entrer dans la confiance et accepter de sortir des sentiers battus. 
Nous devons accepter d’aller à contre-courant, de lâcher nos peurs, même si cela implique quelques difficultés, d’affronter des résistances, des préjugés et des idées-reçues. 
Ce n’est pas en agissant par peur ou conformisme de masse que nous découvrirons notre vocation véritable et unique d’« enfant de Dieu ». 

* Pour conclure… en ce jour de baptême… à travers l’Evangile, Jésus nous rappelle que nous sommes tous - et chacun - uniques et précieux aux yeux de Dieu. 

Le chemin de vie que Dieu, notre Père, nous propose est un chemin qui implique un lâcher-prise, pour se trouver soi-même et aller vers les autres. Ce chemin passe par la confiance.

C’est ce que nous pouvons souhaiter à Maxime : de s’ouvrir un jour à la confiance en Dieu.


Amen. 

dimanche 9 juillet 2017

Lc 19, 1-10

Lectures bibliques : Lv 25, 35-38 ; Lc 5, 27-32 ; Lc 19, 1-10
Thématique : une rencontre bouleversante : quand Jésus croit toujours en l’humain !
Prédication de Pascal LEFEBVRE / Tonneins, le 09/07/17

Depuis les bancs de l’école biblique ou du catéchisme, nous sommes nombreux à connaître l’histoire de la rencontre entre Jésus et Zachée. 

* De quoi s’agit-il, en quelques mots ?

C’est l’histoire d’un homme, grand par la fortune… un homme riche… qui est pourtant petit par la taille et en matière de reconnaissance sociale, car il est méprisé de tous. 

Cela est dû à sa fonction : il est collecteur d’impôts… c’est-à-dire qu’il collabore avec l’occupant romain, avec ceux qui occupent le pays des Juifs… pour récupérer les impôts et les taxes… et sans doute, au passage, prend-il quelques commissions ou marges pour son propre compte, pour son profit personnel. 

Voilà qu’un jour, Jésus - le maître itinérant et guérisseur bien connu de ses coreligionnaires passent à Jericho. Contre toute attente, le maître ne choisit pas de demeurer dans la maison d’un notable Juif, d’un bon croyant reconnu de tous. Mais, il choisit de se faire inviter dans la maison du petit et riche Zachée. Quelle surprise ! C’est la révolution ! 

Révolution pour tous les bien-pensants qui se scandalisent du geste de Jésus, qui fait bon accueil et côtoie des « pécheurs » (c’est-à-dire, pour eux, des gens qui ne respectent pas vraiment la Torah, la loi… des gens qui sont jugés « impurs » ou « infidèles » par rapport à ce qui est « permis » ou « défendu »). **

Révolution aussi pour Zachée : alors qu’il est détesté de tous (parce qu’il travaille pour le compte des Romains… et qu’il s’en met peut-être plein les poches, à l’occasion)… c’est chez lui que Jésus a décidé de crécher. Jésus fait fi des préjugés et montre à Zachée, en se rendant chez lui, qu’il est un être humain à part entière, aimé et reconnu de Dieu, aimé pour ce qu’il est… et non pour ce qu’il fait… non pour ses actes ou ses mérites.

En faisant un accueil inconditionnel à Zachée, en allant vers lui (en s’invitant chez lui), Jésus fait plus qu’offrir à cet homme une forme de reconnaissance. Il accompli un miracle : 

Se sentant pour la première fois pleinement reconnu par quelqu’un, se sentant valorisé et aimé sans condition, tel qu’il est, pour ce qu’il est : un être humain, un enfant de Dieu (un fils d’Abraham), comme les autres, Zachée peut enfin lâcher-prise, suspendre ses comportements « compulsifs » et « irrationnels », par lesquels il compensait un manque d’amour et de reconnaissance par un plus d’avoir et de possession. 
Zachée peut enfin cesser d’accaparer et de convoiter, pour apprendre à lâcher-prise, à ouvrir son coeur et ses mains et aimer à son tour. 

Parce qu’il se découvre aimé et aimable, Zachée peut, à son tour, faire preuve d’amour et de générosité. Il peut se dé-préoccuper de lui-même, pour se tourner vers les autres. Il peut entrer dans le règne de Dieu, le don de soi… car Jésus lui ouvre la voie d’une reconnaissance et d’un amour inconditionnel. 

« Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison » - dit Jésus

Le salut, c’est quand quelque chose change, quand quelque chose de nouveau apparaît : qu’il y a transformation, libération, guérison. 

Et, en général, pour que quelque chose change, il faut le choisir, il faut soi-même oser répondre aux coïncidences - aux belles occasions - de la vie, il faut soi-même oser changer les choses :
  • le vouloir, réorienter son désir
  • s’y engager
  • et faire enfin confiance à Dieu.

Le salut, c’est accepter d’entrer dans un nouveau chemin.
Ce n’est pas attendre que Dieu ou les autres fassent tout le boulot. C’est saisir une rencontre, un évènement, une opportunité, pour changer une situation, une manière de penser, de vivre ou de se comporter. 

Autrement dit, grâce à Jésus, Zachée est sauvé du regard des autres (du mépris, de l’exclusion) et d’un mauvais usage de l’argent (dépassant son intérêt personnel égoïste, il va désormais accepter de partager.)

* Que peut-on retenir de cette rencontre pour notre vie d’aujourd’hui ? 

Nous cherchons, nous aussi, parfois une forme de reconnaissance dans notre vie par nos actes… en nous rendant prisonniers de l’image que nous voulons montrer de nous-mêmes ou de l’image que les autres peuvent se faire de nous… ou en nous conformant à certaines normes :

Les religieux (les pharisiens, que Jésus traite parfois d’hypocrites) trouvent cette reconnaissance en étant « parfaits » ou « irréprochables » sur le plan de la piété ou du respect des rites et des règles. 

Certains la trouvent en étant hyper investis et engagés dans leur travail : ils veulent êtres reconnus pour leur professionnalisme, leur savoir-faire et leur réussite. 

Zachée, à sa manière, la cherchait peut-être aussi. Il voulait peut-être compensé un handicap physique - sa petitesse - par une forme de reconnaissance, dans plus de pouvoir, de puissance ou de richesses - en étant un homme important, le chef des douanes, le responsable des collecteurs d’impôts.***

En dépassant les préjugés et les « qu’en dira-t-on », Jésus rappelle à cet homme - et nous rappelle aussi, nous, lecteurs de l’Evangile - qu’on est aimé par Dieu, gratuitement et sans condition. Cela ne dépend pas de nos qualités, de nos mérites, de nos actes. Nous sommes accueillis et aimés pour ce que nous sommes, pas pour ce que nous faisons. 
Inutile donc de vouloir se sauver soi-même ou de se justifier à chaque instant. 

Dès lors, puisque notre valeur est incommensurable et inconditionnelle aux yeux de Dieu, puisque nous sommes (chacun) uniques et aimés, nous n’avons rien à prouver à personne. 

Dès lors, nous pouvons nous dé-préoccuper de nous-mêmes (cesser de chercher à être reconnu, puisque nous le sommes de Dieu), pour nous ouvrir à la relation aux autres et nous tourner vers eux. 

Malgré les habitudes (qui ont souvent la vie dure), cette rencontre nous montre qu’il est possible d’essayer de faire comme Jésus : de dépasser les préjugés qui marquent parfois certaines « catégories » de personnes (les étrangers, les migrants, les personnes de couleur, les personnes homosexuelles, les femmes voilées, les malades, les pauvres, les SDF, les personnes handicapées, les manouches, etc. ) 

En refusant les catégorisations, Jésus nous apprend à surmonter les étiquettes et les préjugés. 
Jésus, en effet, se tourne vers les autres, même ceux qui sont « jugés » peu recommandables (collecteurs d’impôts, prostituées, malades, lépreux, infidèles, etc. : les exclus et les parias de l’époque). Il espère toujours en autrui. Il croit en l’humain, parce qu’il croit en Dieu… en la capacité de Dieu de faire toute chose nouvelle. 

Plutôt que d’exclure, il inclut, il accueille avec bienveillance, il offre son écoute et sa compassion, il entre en relation avec ceux qui ont le plus besoin de lui : les malades de la relation humaine : ceux qui ont faim et soif de guérison intérieure… et à qui on a plutôt tendance à fermer des portes… car ils ne répondent pas forcément aux critères de la bien-séance ou de la bien-pensance. 

Ce ne sont pas les bien-portants, mais les malades de la relation humaine qui ont besoin de médecin (Lc 5, 31), de personnes pour les accueillir, de frères et de soeurs pour les reconnaitre, les valoriser, les encourager, leur donner confiance. 

Ainsi donc, cette histoire nous invite à aller vers les autres, à accueillir et à donner sans condition… en un mot : à prendre l’initiative du bien. 

En ayant une attitude inattendue d’accueil et de bonté (imaginez la surprise de Zachée, après que le Maître itinérant décide de se rendre dans sa maison, lui qui est détesté de tous)… par son attitude… Jésus permet un retournement, un changement radical de comportement de la part de Zachée. C’est ce qu’on appelle une « conversion », un demi-tour, dans le jargon religieux. 

En d’autres termes, cette petite histoire nous révèle que l’amour et la bonté sont contagieux : nous devrions le savoir en tant que disciples de Jésus.
Parce qu’il se découvre aimé par Jésus, Zachée peut aimer à son tour… et du coup faire preuve de générosité envers les autres, notamment les plus pauvres que lui. 

On pourrait dire que cette rencontre est une illustration de la règle d’or : « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites le vous-mêmes [d’abord] pour eux. » ou de la confirmation de l’affirmation selon laquelle « ce que l’homme sème, il le récoltera » ou encore le fameux « donnez et vous recevrez ». 

En semant du « bon », du « bien », Jésus provoque une transformation et récolte du bon. Nous pouvons faire de même. Le Christ nous montre l’exemple.

* En conclusion, cette petite histoire de l’Evangile est bien précieuse. C’est sans doute pour cela que l’évangéliste Luc en a gardé la mémoire. Elle nous redit que ce n’est jamais le mépris ni l’exclusion qui permettent quelque changement que ce soit. Cela conforte plutôt les gens dans leurs sentiments de peur, de haine ou de rejet de l’autre.

C’est, au contraire, l’accueil inconditionnel et l’amour qui ouvrent une transformation possible, qui favorisent le changement et la conversion des personnes, des mentalités et des comportements. 

Si on veut contribuer - tant soit peu - à la transformation positive d’une personne - à son salut - (en latin « salvus » veut dire « guéri »)… si on veut contribuer à la guérison de nos semblables, il n’y a qu’un remède : prescrire et donner de l’amour. 

C’est l’ordonnance que le médecin Jésus délivre à tous. « Donner le meilleur de soi, pour faire surgir le meilleur de l’autre ».

C’est ce que fait Jésus et ce qu’il nous invite à vivre. 
Il nous dit « va, et toi, aussi fais de même ! » (cf. Lc 10, 37)


Amen. 


Notes
** Ce sont des « murmures » qui se font entendre : murmures des bons pratiquants et récrimination des bien-pensants à l’encontre de l’initiative, du geste d’accueil, et de la proximité de Jésus et de ses disciples avec les pécheurs et les soi-disant « exclus » de l’alliance. 
*** La position de ce petit homme dans son sycomore résume bien la contradiction dans laquelle se tient Zachée : riche de biens et de pouvoirs, mais pauvre d’estime et d’amour ; grand sur son sycomore, mais petit dans la foule.

dimanche 2 juillet 2017

Le pain de la Cène

Lectures bibliques : Mc 6, 34-44 ; Mc 14, 22-25
Thématique : le pain de la Cène
Prédication de Pascal LEFEBVRE, le 02/07/17. Culte à Marmande 
(Largement inspiré d’une méditation de Jean-Marc Babut)

Les passages du Nouveau Testament que nous avons entendus nous invitent aujourd’hui à méditer sur le « pain de la Cène ». 

A l’origine, le récit de l’institution de la sainte-Cène veut décrire et présenter le lieu de communion de tous les disciples de Jésus entre eux et avec leur maître, réunis autour d’un repas. 

Malheureusement, pour les Chrétiens des différentes confessions, le repas du Seigneur est plutôt devenu un lieu de division de ceux qui se disent « disciples de Jésus ». Car nous ne parvenons pas encore à partager la communion - l’eucharistie, si l’on préfère - entre Catholiques et Protestants. 

Tout vient, vraisemblablement, de deux difficultés : d’une part, d’un problème de traduction de la déclaration de Jésus « Ceci est mon corps » que les Eglises ont interprétée au sens littéral. Et, d’autre part, de la question de savoir ce que recouvre le « ceci » présenté par Jésus. 

Les Eglises ont reconnu dans le « ceci » le pain que Jésus distribue à ses disciples. On s’est alors posé la question du mode de présence du Christ au moment de la Ste Cène.

- Du côté Catholique romain, on a affirmé que ce pain changeait, en quelque sorte, de nature, qu’il devenait quasi physiquement « le corps du Christ ». On a parlé de transsubstantiation. 
- Du côté Luthérien, on a prétendu qu’il n’y a pas de changement de nature du pain. Le pain reste du pain, mais avec lui, il y a le corps du Christ. On a parlé de consubstantiation, pour dire que la présence du Christ est, en quelque sorte, juxtaposé à celle du pain. 
- Du côté Réformé, enfin, on a dit que le pain de la Cène est tout simplement un signe : le signe de la présence spirituelle du Christ. Il n’y a jamais rien d’autre que du pain, mais au moment où nous partageons le pain, le Christ est spirituellement présent. Il agit véritablement… nous permettant d’être en communion les uns avec les autres. 

Ainsi, le verbe « être » dans « ceci est mon corps » ne recouvre pas la même signification pour tout le monde. Certains y voient une identité de nature, d’autres une relation de symbole entre le pain et le corps de Jésus. 

Il est curieux que cette petite phrase de Jésus ait posé tant de difficultés, car quand le Christ, dans l’évangile selon Jean, affirme : je suis la porte… ou je suis la lumière du monde… ou je suis le bon berger… ou je suis le vrai cep… etc… on a bien compris qu’il parlait en images… alors pourquoi avoir interprété de façon littérale ses paroles lorsqu’il dit : « ceci est mon corps » ou « je suis le pain » ?

Ceci est d’autant plus inexplicable que dans le texte grec, le verbe « être », en réalité, n’est pas présent dans la phase. On lit tout simplement : « ceci… mon corps ». 
Autrement dit, ceci est comme mon corps… semblable à mon corps… 
C’est une image. Il s’agissait vraisemblablement de présenter quelque chose qui a valeur de symbole… de montrer une chose pour ce qu’elle signifie… mais pas pour ce qu’elle est en elle-même. 

Malheureusement, la philosophie grecque d’Aristote - qui s’intéresse à l’être, à la substance ou à l’essence des choses, a servi de cadre pour interpréter ces paroles de Jésus et, du coup, les a certainement dévoyées. 

Pour autant… la question se pose toujours : comment comprendre les paroles de Jésus ? Comment la Bible nous invite-t-elle à envisager ces quelques mots que Jésus prononce en distribuant aux siens le pain du repas de la Pâque juive, repas dont on sait fort bien qu’il va être pour lui le dernier ?

Dans ce qu’il dit en rompant le pain et en le distribuant à ses disciples, Jésus parle de son corps. Pour le Judaïsme, le corps désigne la personne toute entière. « Mon corps » signifie « moi » tout simplement, moi, tel que je suis là maintenant devant vous. 

Quand Jésus parle de son corps, il parle donc de lui-même, inséparable de ce qu’il dit et de ce qu’il fait, inséparable du message de salut dont il est chargé pour l’humanité, inséparable du Règne de Dieu qu’il vient offrir aux humains - ce monde nouveau où il appelle chacun à entrer - inséparable, en somme, de tout ce pour quoi il va consentir à sacrifier sa vie. 

C’est comme s’il disait : « je suis là et le monde nouveau de Dieu est là, quand il y a ceci »
Mais « ceci », qu’est-ce que c’est ?

En tout cas, « ceci » est l’élément déterminant de la phrase. Lorsqu’il dit « ceci est mon corps » ou « mon corps est ceci », on se rend compte que l’accent porte sur le « ceci ».

Alors… à quoi Jésus fait-il allusion ? Est-ce au pain ? Au pain lui-même ? Ou au pain rompu, partagé ? 

En examinant le récit de Marc, on constate que Jésus se réfère probablement, non pas au pain lui-même, mais à ce qu’il fait du pain. 

D’ailleurs, l’évangéliste décrit en détail les gestes successifs de Jésus : « il prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit et le leur donna ».

Le « ceci » de la phrase de Jésus se rapporte, selon toute vraisemblance, à ce que Jésus est en train de faire du pain, avec le pain. 
Pour comprendre ce que signifie rompre le pain, il faut se souvenir qu’il se présentait sous forme de grosse galette. Il ne s’agissait pas seulement de le casser, mais de le partager, pour que chacun en ait sa part. 
Si Jésus rompt le pain, c’est essentiellement pour le partager entre ses disciples. Le « ceci » ne désigne donc pas le pain lui-même, mais le partage du pain. On pourrait traduire : « Jésus le partagea et le leur donna ».

Et « ceci est mon corps » pourrait signifier « le pain partagé, c’est moi et mon message… offert à tous ». 

Selon la coutume de la Pâque juive, le maître de maison prenait du pain, prononçait la bénédiction appropriée et détachait un morceau pour chacun des convives. Jésus effectue donc le geste qui est traditionnel dans le Judaïsme de son temps, mais il lui donne un sens nouveau. 
C’est comme s’il disait : « Là où le pain est partagé, là je suis toujours là, là est le monde nouveau de Dieu, là est le salut pour l’humanité ». 

A côté du service, le partage est un des mots d’ordre essentiel du monde nouveau de Dieu. 

Certes, « service » et « partage » sont des choses que les humains ne pratiquent guerre volontiers. À moins d’y être plus ou moins contraints (par des taxes ou des impôts, par exemple)… Mais, pour Jésus, ce sont là des clés du salut de l’humanité. 

En ce qui concerne le partage, l’Evangile nous le montre en action, de façon particulièrement frappante, dans l’épisode du pain partagé, où Jésus parvient à nourrir cinq mille hommes :

Alors que les disciples voulaient renvoyer tout ce monde, pour que chacun se débrouille au mieux et trouve quelque chose à manger, Jésus les a invités, au contraire, à donner le peu qu’ils avaient pour leur propre repas - il leur a même un peu forcé la main, il faut bien le dire - et lui-même l’a partagé entre tous. 
Le miracle du monde nouveau de Dieu, c’est alors que tous ont pu manger à leur faim. 

Ce n’est donc pas un hasard si, racontant ce miracle du pain partagé, Marc a repris les termes mêmes qu’on trouve dans le récit du dernier repas de Jésus : « Jésus prit les cinq pains et les deux poissons…. Puis il prononça la bénédiction, rompit les pains et les donna aux disciples pour qu’ils les offrent » (Mc 6,41).

Le thème est le même : Jésus est là, le monde nouveau de Dieu prend pied sur notre terre dès que l’on commence à partager. 
C’est cela que Jésus rappelle aux siens lors de la dernière célébration de la Pâque juive. 
C’est un des aspects de son testament spirituel. C’est pour ce message - cet Evangile de la non-domination, de la fraternité et du partage - qu’il va accepter de donner sa vie. 

Dès lors, si tel est le cas… si cette manière de comprendre les paroles et les gestes de Jésus est vraisemblable… on ne peut manquer de se poser plusieurs questions qui nous concernent directement : 

  • Un première est celle-ci : Est-ce que notre façon de célébrer la Cène montre clairement que le partage est au centre de la vie de la communauté des disciples de Jésus ? Comment pourrions-nous signifier (par quels gestes, quelles paroles) que la célébration de la Cène est un partage et qu’elle renvoie au partage auquel sont appelés les disciples de Jésus ? Voilà une question dont une commission responsable de la liturgie du culte dans notre Eglise devrait s’emparer. 

  • Une deuxième question - beaucoup plus difficile et tout à fait concrète - pourrait être la suivante : Si le monde nouveau de Dieu, dans lequel Jésus nous presse d’entrer, est tout entier axé sur le service et le partage, comment allons-nous faire dans notre vie de chaque jour, pour vivre ce type de vie auquel sont appelés les disciples de Jésus ? 

Nous en sommes tous bien d’accord, l’aumône que nous pouvons consentir aux plus démunis : au chômeur ou au Sans-abri, qui nous sollicite à la sortie d’un supermarché, ou dans les grandes villes, sur un trottoir ou dans le couloir d’une gare ou d’un métro, n’est qu’une caricature du partage. De même que le chèque que l’on peut envoyer à telle ou telle association caritative. C’est bien en deçà de ce dont l’Evangile nous parle réellement. 

Comme les riches que Jésus regardait apporter leur offrande au temple, nous donnons alors notre superflu. Je veux dire que ce que nous donnons ne nous manquera pas vraiment. Certes, c’est déjà cela (me direz vous), c’est vrai ! Mais, partager même le peu que nous avons, c’est vraiment autre chose. 

Qu’il s’agisse de notre argent, de ce que nous estimons indispensable pour vivre, ou de notre temps, nous y sommes fort peu enclins et d’ailleurs fort mal préparé. 
La société nous apprend plutôt le contraire : à tout garder pour soi, à accaparer, à faire des réserves au cas où il viendrait à manquer. C’est la peur du lendemain, du manque… qui nous pousse à fermer les mains et à montrer les poings. 

Il faut le reconnaître : notre monde s’est plutôt organisé dans le sens inverse du partage. Dans notre société, chacun ne voit son salut qu’en ayant toujours davantage, fut-ce aux dépens des autres. 
En fait, le plus souvent, le sort des autres - ou même celui de la planète - n’intervient pas dans nos choix relatifs à l’argent. 

L’économie de marché, qui a pris le pas sur nos mentalités, vise à obtenir toujours plus de profits. L’humain n’est pas sa priorité. Les conséquences de ce mode de vie ne sont pas son problème : peu importe que ce système laisse des gens sur le carreau, des chômeurs dans le dénuement, l’état de la planète exsangue. Notre monde est ainsi fait qu’on pense qu’on ne peut progresser et vivre heureux qu’en ayant toujours plus : plus d’avoir, plus de pouvoir… peu importe si cela se fait aux dépens des autres. 

Face à une telle vision de la réalité (réalité que nous nous sommes construite)… comment entendre l’Evangile ? 
Vouloir vraiment partager dans un tel monde, n’est-ce pas se condamner à péricliter ou disparaitre ? L’Evangile affirme que « non »… que c’est, au contraire, la seule voix de salut.

Si le monde où nous vivons - qui est tel que nous avons choisi de le bâtir - prône des valeurs inverses à celles de l’Evangile… incompatibles avec lui… dès lors, comment entrer dans le règne de Dieu ? Comment vivre et témoigner de ce monde nouveau de Dieu ? Comment le rendre vraiment crédible… et pas utopique ? 

Il n’y a qu’une seule réponse : la foi, la confiance : oser s’y engager, malgré tout !

Personnellement, je continue de croire, malgré tout, que, pour le salut du monde - c’est-à-dire de tous -, c’est Jésus qui a raison. N’a-t-il pas accepté de donner sa vie, pour le projet qu’il proposait ?

Seulement, les questions que son message posent à ceux qui l’accueillent sont des questions redoutables, qui dépassent sans aucun doute les capacités d’un individu isolé. 

C’est pourquoi, il faut commencer par poser ces questions avec l’espoir que certains prendront peut-être la peine de se mettre ensemble pour essayer d’y voir plus clair et de trouver un moyen de rendre crédible à nos contemporains l’Evangile du monde nouveau de Dieu proclamé par Jésus.

Comme un appel, une invitation, nous avons reçu cet Evangile. « Service » et « partage » sont les mots d’ordre que le maitre nous a offert pour notre salut à tous !


Amen.